Les banques françaises se lancent dans une course aux guichets

La Tribune - édition du 06 janvier 2005
Véronique Chocron

Graphique : Un paysage bancaire amené à évoluer

La quasi-totalité des groupes bancaires mise sur les ouvertures d'agences pour acquérir des clients. La création d'une agence permet de conquérir de 200 à 300 nouveaux clients chaque année pendant sept à dix ans.

La révolution Internet qui voyait la banque en ligne triompher au détriment des agences en dur semble appartenir à une époque lointaine. Aujourd'hui, les sites bancaires ont certes trouvé un public, mais ce sont les guichets qui ont le vent en poupe. Et la quasi-totalité des grands groupes ont annoncé des programmes conséquents d'ouverture d'agences dans les trois à cinq prochaines années.

"C'est indispensable, tranche Patrick Maheut, directeur du développement au sein du Groupe Banque Populaire. Il est impossible d'envisager une politique de conquête de part de marché durable sans proximité physique, autrement dit sans développement d'agence. L' agence est la pierre angulaire du développement commercial." Les Banques Populaires ont cependant fait figure de pionnier en déployant depuis cinq ans déjà de nouvelles agences, au rythme de 80 ouvertures nettes chaque année. La direction va néanmoins accélérer la cadence de "25 %" dès cette année, et pour les cinq ans à venir. Ainsi, d'ici à 2010, le réseau devrait compter 500 agences supplémentaires et donc passer de 2.700 à 3.200 guichets. Du côté des Caisses d'Epargne, la tendance se révèle encore plus nette. Depuis trois ans, le réseau de l'Ecureuil (4.700 guichets) fermait des agences - de l'ordre de quelques dizaines. L'établissement change désormais de cap. A travers son projet stratégique 2004-2007, il entend relancer "une dynamique commerciale très forte, qui passe par un redéploiement du réseau commercial". Entre 2004 et 2007, le groupe prévoit ainsi d'ouvrir 150 agences.

Efficacité. Au Crédit Agricole , le congrès de Tours de l'automne dernier a fixé des objectifs extrêmement ambitieux de conquête de clientèle. L'établissement est aujourd'hui la banque d'un Français sur six dans les principales agglomérations. Or, d'ici une dizaine d'années, il compte devenir la banque d'un urbain sur quatre. L'effort devra donc être soutenu pour ce groupe traditionnellement implanté en milieu rural. Et il passera principalement par des créations d'agences dans les zones qui connaissent les développements démographiques les plus importants. "Si on prend les caisses régionales implantées autour des quinze plus grandes agglomérations, elles travaillent toutes actuellement à des programmes d'ouverture d'agences bancaires", indique Alain Strub, directeur des relations avec les caisses régionales chez Crédit Agricole SA.

Selon ce dernier, une nouvelle agence permet en effet de conquérir de 200 à 300 nouveaux clients chaque année pendant une période de sept à dix ans. Compte tenu de l'efficacité du procédé, les mutualistes ne sont bien entendu pas les seuls à mener ces programmes. Le Crédit Lyonnais, qui par le passé a été contraint de réduire son réseau, crée quelque cinquante agences par an depuis 2003 et poursuivra jusqu'en 2007. A cette date, il devrait donc rassembler 2.050 guichets.

Comme toutes les banques, le Lyonnais cible principalement les zones en très fort développement en milieu urbain et périurbain. L'investissement pour l'ouverture de petites agences (hors acquisition des murs) y avoisine en moyenne les 300.000 euros. En 2003-2004, la Société Générale a également ouvert une cinquantaine d'agences en France et conservera ce rythme dans les années à venir. Enfin, BNP Paribas va accélérer sa politique en la matière et compte accroître son parc d'agences d'une centaine de points de vente d'ici trois ans.

Course. Pourquoi toutes les banques se lancent-elles ainsi de manière concomitante dans cette course ? "Par le passé, certaines banques ont manqué de moyens financiers pour investir dans des programmes d'ouverture d'agences et l'investissement dans les nouveaux canaux a été prioritaire, explique Lionel Aré, vice-président au Boston Consulting Group. Aujourd'hui, toutes les banques ont les ressources pour développer leur réseau et la logique multicanal est articulée autour de l'agence." Reste à savoir si tous les établissements trouveront leur place au soleil, dans ces zones périurbaines "à fort potentiel", et pourront y maintenir des agences rentables. retour

Véronique Chocron .