Les banques s'épient avant de se décider sur la rémunération
des comptes courants
La Tribune - édition du 06 janvier 2005
Le calendrier de la levée de l'interdiction de rémunérer les dépôts se précise. La Société Générale milite pour le statu quo actuel, à savoir la non-rémunération des dépôts.
Qui tirera le premier ? La question est sur toutes les lèvres. Alors que l'interdiction de rémunérer les dépôts est en passe d'être levée pour le mois de mars prochain, toutes les banques se tiennent en embuscade. Pour l'heure, seule CaixaBank a officiellement pris position en faveur de la rémunération : l'établissement proposera dès que possible une rétribution autour de 1 % avec un seuil de dépôt minimum sur le compte, qui se situera aux environs de 1.500 euros. A l'opposé, la Société Générale , dans une lettre à ses clients, souhaite maintenir "la règle du jeu actuelle", à savoir "ni rémunération des comptes à vue, ni facturation de l'utilisation des chèques". Le patron de l'établissement, Daniel Bouton, également président de la Fédération bancaire française (FBF), justifie le maintien du statu quo par l'attachement des clients "à l'équilibre actuel". Néanmoins, "si les attentes de nos clients évoluent, alors nous évoluerons aussi", tempère Daniel Bouton dans un entretien publié hier dans le Figaro.
Stratégie commerciale. Ces deux positions tranchées n'aident cependant pas les autres groupes bancaires à se positionner. BNP Paribas aurait tendance à suivre la ligne de la Générale, mais veut "continuer à interroger ses clients et s'adaptera à leurs besoins". Le Crédit Mutuel met également l'accent sur l'écoute de sa clientèle, tout en soulignant que sa politique "n'est pas arrêtée".
En revanche, d'autres réseaux mutualistes se laisseraient bien tenter par cette nouvelle stratégie commerciale. Côté Crédit Agricole , on affirme officiellement que "la réflexion est toujours en cours". Mais de source interne, il semblerait que l'établissement s'oriente vers une rémunération des dépôts. La Banque verte prend l'engagement ferme, en ce cas, de ne pas facturer d'autres services pour compenser le manque à gagner. Le groupe souligne néanmoins qu'"il y a peu de chance" qu'il tire le premier. Même son de cloche aux Caisses d'Epargne : "Nous n'excluons rien. Nous étudions toutes les stratégies possibles et nous nous tiendrons prêts si la situation l'impose". Toutes les banques, en fait, se regardent en chiens de faïence, en guettant celle qui sortira du bois la première. Comme en témoigne le commentaire de La Poste : "Nous attendons que la réglementation sorte et nous verrons comment le marché évolue."
Avis émis. La réglementation française doit en effet suivre la décision de la Cour européenne de justice (CEJ), qui a levé le 5 octobre dernier l'interdiction de rémunérer les comptes courants en France. Le Conseil d'Etat doit se pencher sur le dossier le 14 janvier en audience publique. Ensuite, le nouveau Comité consultatif de la législation et de la réglementation financières (CCLRF), qui se réunit fin janvier, devra émettre un avis sur le texte ouvrant la porte aux comptes rémunérés. 
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V. Ch. et S. R.