Le Crédit Agricole annonce un plan stratégique pour l'automne

La Tribune - édition du 19 mai 2005
Claude Ferrero, à Lyon, et Dominique Mariette

Après le rachat et l'intégration du Lyonnais, les dirigeants de la Banque verte veulent poursuivre leur développement.
Une démarche qui répond aux souhaits des caisses régionales avec en arrière-plan des discussions sur la succession de Jean Laurent.


Pour la première fois, Crédit Agricole SA (CA SA) a déserté Paris pour son assemblée générale au profit de Lyon. "Un choix symbolique de la proximité et de la décentralisation auxquelles nous sommes attachés", a indiqué René Carron, président de CA SA.
Une grande partie de la réunion a porté sans surprise sur le bilan du rapprochement avec le Crédit Lyonnais, "un projet d'intégration réussi avec de très bons résultats financiers en 2004, année de la fusion", estime Jean Laurent,directeur général du Crédit Agricole. Si ses dirigeants ne manquent pas de rappeler que le Crédit Agricole a constitué en deux ans un groupe qui a triplé de taille, ils veulent aussi "lever les interrogations pour 2005" en se fixant deux grands objectifs : la finalisation des synergies (effectifs, affacturage, migrationinformatique) et une nouvelle dynamique de croissance.
Dans cette perspective, CA SA présentera un plan stratégique à l'automne, à l'instar du plan de développement des caisses régionales adopté à Tours en 2004. Si la priorité est donnée au renforcement de son leadership en France, le groupe affirme également vouloir "conduire un développement progressif en Europe et accentuer son ouverture au monde". Et Jean Laurent d'asséner : "Le Crédit Agricole est un grand groupe international, ça ne se sait pas assez." La preuve, selon lui, Calyon réalise les deux tiers de ses revenus hors de France et un tiers des effectifs de CA SA (soit près de 20.000 personnes) travaille à l'international, une présence mondiale dans soixante pays sur tous les continents grâce notamment aux positions historiques de CA Indosuez en Asie et du Crédit Lyonnais aux Etats-Unis et en Afrique.
En Europe, le développement de CA SA va s'effectuer de manière organique et par des croissances externes ciblées. Ainsi, dans le crédit à la consommation, où il est présent dans une quinzaine de pays, le groupe français vise des acquisitions au Portugal, au Danemark et en Pologne. Dans d'autres métiers, il annonce s'intéresser à des banques en Roumanie, en Serbie et à "tous ces pays en redémarrage, avec une croissance forte, en bordure de l'Europe".
De même, le Crédit Agricole poursuit ses discussions avec la banque italienne Intesa (dont il détient 18 %), à propos de sa filiale de gestion d'actifs Nextra. L'accord qui pourrait être conclu d'ici fin 2005 sur la future plate-forme porterait alors sur 400 milliards de gestion d'actifs, la positionnant comme un acteur mondial de poids. "Notre stratégie n'est pas spectaculaire, mais elle s'inscrit dans une vraie dimension européenne", précise Jean Laurent.
Une chose est sûre : l'annonce d'un plan de développement à l'automne constitue une première réponse aux interrogations qui sont devenues pressantes sur la stratégie d'avenir de CA SA. Notamment du côté des caisses régionales, principales actionnaires de CA SA par l'intermédiaire de SAS La Boétie. Mais en interne aussi, beaucoup se demandent depuis plusieurs mois : "Après le rachat du Crédit Lyonnais, quel positionnement et quelles ambitions pour CA SA ?". Reste à savoir qui présentera le cap que le groupe aura fixé.
Alors que la succession de Jean Laurent à la direction générale de CA SA alimente bien des discussions au sein de la Banque verte, le sujet n'a pas été abordé hier lors de l'assemblée générale.

L'homme de la situation. Mais le président de la Fédération Nationale du Crédit Agricole, Jean-Marie Sander, a porté la question sur la place publique, en indiquant hier dans les Echos : "Il serait irresponsable de la part des dirigeants de Crédit Agricole SA, y compris de Jean Laurent, de ne pas réfléchir à l'avenir". Et dans la foulée il a rendu hommage aux deux opérations majeures menées par Jean Laurent : l'introduction en Bourse de CA SA et la fusion avec le Crédit Lyonnais. La messe serait-elle donc dite au moins en interne ?
Jusqu'à présent Georges Pauget, directeur général délégué de CA SA, très apprécié par les caisses régionales, est présenté comme l'homme de la situation pour succéder à Jean Laurent. Le timing durenouvellement n'est cependant pas totalement fixé. A la Banque verte, certains tablent sur un changement d'homme à la fin de l'année mais d'autres songent à ce scénario pour la rentrée. Mais chacun sait aussi qu'au Crédit Agricole les choses peuvent prendre beaucoup de temps.

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