Calyon veut "réinventer"sa banque de marché

La Tribune - édition du 23 mai 2005
Anne-Sylvaine Chassany, à Pékin

Le nouveau patron des activités de marché, Marc Litzler, veut relancer le trading et multiplier par trois les revenus des dérivés actions d'ici à 2007.
Un joint-venture va être créé entre CAAM et Calyon pour la fabrication de produits structurés.

Il n'a fallu que quelques mois à Marc Litzler, nommé début février codirecteur général délégué de Calyon, pour définir la stratégie de la Banque verte dans les activités de marché. Ces activités, qui génèrent environ 40 % du produit net bancaire, sont au coeur du plan de développement à trois ans que la banque d'affaires du Crédit Agricole doit présenter le 15 juin. Calyon mise en effet sur ce pôle pour accroître ses revenus totaux de plus de 1 milliard d'euros d'ici à 2007, contre quelque 4 milliards en 2004.
"Les activités de marché ont le plus souffert de la fusion entre le Lyonnais et Crédit Agricole Indosuez (CAI)", a noté Marc Litzler en marge d'un forum organisé par CLSA à Pékin (voir ci-dessous). En 2004, leurs revenus se sont en effet contractés d'un tiers, à 1,2 milliard d'euros. Le diagnostique initial de Marc Litlzer est sévère. A son arrivée, l'ancien patron des dérivés actions de la Société Générale a trouvé "des équipes très affectées, des activités de trading pour compte propre réduites au minimum, peu de doublons entre un Lyonnais très rentable et développé sur le trading et les dérivés, et un CAI positionné sur les produits de flux et donc moins rentable, mais avec, au final, peu de complémentarités". Pour le nouveau patron de la banque de marché, "il faut réinventer le modèle", afin de "s'installer dans la division des banques universelles européennes crédibles sur les marchés".

Réorganisation. Les premières mesures n'ont pas tardé, comme l'élimination d'une quinzaine de fonctions hiérarchiques transversales et une réorganisation par ligne de produit (trésorerie, taux, change, matières premières, obligations, titrisation et dérivés actions), avec, pour chacune, une équipe de trading, une équipe de vente, un patron commun et un pool de bonus.
Dans les trois prochaines années, Marc Litzler va consacrer le gros des investissements à la reconstruction du pôle de dérivés actions. "Il existe entre Calyon et ses deux grands concurrents français, Société Générale et BNP Paribas, un rapport de 1 à 10 en termes de revenus dans les dérivés actions, une activité qui génère structurellement 50 % de marge d'excédent brut d'exploitation", explique Marc Litzler. Ce dernier veut atteindre, dans cette activité, "un chiffre d'affaires d'au moins 600 millions d'euros d'ici à deux à trois ans, contre environ 200 millions actuellement", via des recrutements et la mise en place de nouveaux systèmes informatiques.
Les activités obligataires, déficitaires en 2004, feront aussi l'objet d'une attention particulière. L'objectif est de restaurer l'équilibre, en "relançant des activités de trading et renforçant la couverture des gestionnaires d'actifs", avec en particulier "le recrutement d'une cinquantaine de personnes en plus à Londres", précise Marc Litzler.

Investissements. Sur un plan plus industriel, une société commune à 50-50 va être créée avec CAAM, la filiale de gestion d'actifs du Crédit Agricole. L'idée est de "développer une usine de fabrication de produits structurés" à destination des clients institutionnels de Calyon et, côté CAAM, du réseau des caisses régionales et de leurs clients particuliers.
Ces investissements en effectifs et systèmes informatiques ne sont pas incompatibles, selon Marc Litzler, avec une réduction, en parallèle, du coefficient d'exploitation, actuellement de plus de 70 % aux environs de 60 %. Ce chantier de rationalisation concernera surtout les fonctions support, qui comptent plus de 2.000 personnes.

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